LOUP: L'EXEMPLE DU PIÉMONTComment font les Italiens?
Sylviane GARCIN (DL)
Le troupeau d'un éleveur piémontais a subi trois attaques il y a quelques semaines. Mais en Italie, les fortes indemnisations des collectivités territoriales calment le jeu. Et les troupeaux sont systématiquement protégés.
"Les premiers films du loup dans la région datent de 1996, juste derrière dans la montagne." Assis au milieu de son champ, Silvano Galfione pointe les rochers du doigt. Au dessus de cette vallée escarpée, coincée entre Sestrière et Pinerolo. "Avant les animaux étaient montés dans les alpages, sans trop de protection. Surtout dans ces petites vallées très fermées." Le berger se contentait de passer une fois par semaine pour vérifier si tout allait bien. "Maintenant, si on fait ça c'est un libre-service pour le loup", ironise l'éleveur de brebis.
Alors on parque, on électrifie et on surveille. Ce matin-là, Silvano qui vit à Pinerolo, quelque 35 kilomètres plus loin, est venu déplacer son troupeau de brebis. Non loin du petit hameau du Laux sur la commune d'Usseaux. A cet endroit, les pêcheurs sont nombreux le week-end à venir taquiner le goujon dans le petit étang au bord de la route. Mais dans le courant du mois de mai, ça n'a pas arrêté le loup. Le troupeau de brebis de Silvano a subi trois attaques. "On n'est pas toujours sûr que ce soit le loup. Mais là, il y a des signes", remarque l'éleveur de brebis. "Vous savez comment un loup mange sa proie? Il commence par les tripes", explique Silvano en faisant les questions et les réponses.
Onze brebis ont été tuées lors de ces attaques. Mais ça n'a pas l'air de traumatiser plus que ça cet ancien ingénieur agronome. Il sait qu'il sera indemnisé. Cent vingt des 500 têtes qu'il possède ont pris leurs quartiers d'été à Usseaux. Dans un parc électrifié. "Dans le coin les premières attaques datent de sept ou huit ans. On dit que les loups viennent du centre de l'Italie. Et ici, il y a manger pour eux. Mais la Région rémunère bien les éleveurs." Des indemnisations assez conséquentes mais inégales selon les provinces jusqu'à l'année dernière. C'es collectivités décident du montant d'indemnisation. "Et ils indemnisent même si ce n'est pas le loup, ça peut être un chien sauvage", précise Silvano Galfione. "Et depuis deux ou trois ans, les primes ont augmenté, ils achètent la paix, en fait."
Il y a quelques mois, la région Piémont a cependant décidé d'uniformiser les indemnisations pour les provinces de Cunéo et de Turin. La forte politique de prévention (parcs électrifiés, chiens), elle, ne date pas d'hier. On fournit même les moyens de protection aux éleveurs qui ne déboursent rien. Du coup, contrairement à la France, même si éleveurs et écologistes s'affrontent souvent, les esprits sont moins échauffés et le conflit est plus limité qu'en France. Ce qui n'empêche pas certains d'avoir recours au braconnage... "Certains éleveurs se font justice eux-mêmes mais c'est pas légal", lâche Silvano.
De toute façon, culturellement, l'abattage ne serait pas accepté sur la péninsule italienne. "Le loup a toujours existé en Italie, surtout dans le centre", argumente Luca Prot, journaliste à l'Eco del Chisone, le plus important hebdomadaire de la région Piémont, basé à Pinerolo. "Le loup est protégé. Même si dans le Piémont il avait disparu depuis cent ans." Le dernier loup aurait été abattu il y a 140 ans.
Ici, on préconise la capture plutôt que l'abattage. Même si les présidents de parcs naturels régionaux ne sont pas toujours d'accord sur le sujet. "Certains préfèreraient l'abattage pour réguler la population", précise le journaliste italien qui a consacré plusieurs articles au "canis lupus".
Reste que la population des loups augmente dans le Piémont, une région où pâturent, notamment, 100 000 brebis. "Il y a quelques années, pas loin de Usseaux, il y avait des centaines de mouflons, c'était une réserve pour les chasseurs", se souvient Silvano. "Ils ont complètement disparu. Le loup a commencé par les manger avant de s'attaquer aux moutons." Pour lui, c'était un signe.