Article Dauphiné Libéré, 24 juin 2005
COMITÉ LOUP : ACCORD SUR L’ARRÊTÉ PRÉFECTORAL
Les tirs vont commencer
par Florent MAILLET
A la quasi unanimité, éleveurs et protecteurs de la nature ont accepté hier les tirs, sous conditions, de six loups. Au moins deux tirs d’effarouchement vont être autorisés ces prochaines heures dans le département.
Unanimité moins une voix. Le comité loup, qui s’est réuni hier matin en préfecture, a adopté le projet d’arrêté préfectoral qui transcrit le dispositif Ollin dans le département. Une quarantaine de représentants de l’administration (ONCFS, DDAF, gendarmerie), des syndicats agricoles (FDSEA, Frose) et des associations de défense de la nature (Crave...) ont relayé l’accord national qui avait accouché de l’arrêté interministériel le 18 juin. Son principe : l’éleveur dont le troupeau a subi trois attaques en trois semaines pourra abattre le prédateur si le préfet l’y autorise, et si les tirs d’effarouchement n’ont pas calmé les ardeurs de canis lupus. Son garde-fou : seuls six loups pourront être abattus en France d’ici le 31 mars 2006. Dans les Hautes-Alpes, l’arrêté préfectoral prend effet aujourd’hui. L’écho des premiers tirs d’effarouchement devrait résonner dans la foulée du côté du Dévoluy et du Queyras. Une dizaine d’éleveurs des deux zones ont subi des attaques répétées ces dernières semaines. Les deux premières demandes de tir d’effarouchement sont arrivées hier matin en préfecture. L’accord d’hier matin a deux effets. D’abord, les Hautes-Alpes sont découpées en trois zones : les zones de présence permanente (ZPP) du loup, les zones de présence temporaire (ZPT) et la zone de colonisation, c’est à dire tout le reste du département (lire notre infographie). Les négociations ont permis aux éleveurs de faire classer Saint-Martin de Queyrières en ZPP, ce qui n’était pas prévu au départ. "Saint-Martin est voisin du Béal Traversier, où de nombreuses attaques ont eu lieu l’an dernier", confie un éleveur. Du zonage dépendent les conditions pour le tir d’effarouchement : une seule attaque de troupeau en zones de présence du loup, deux attaques ailleurs. "En fait, le zonage n’a qu’une importance relative", nuance une fonctionnaire.
Ensuite, l’arrêté met sur pied un "comité loup" restreint. Composé de trois collèges représentatifs (administration, éleveurs et agriculteurs, associations de protection de la nature), il joue le rôle de centre nerveux : autorisation d’effarouchement ou de tir réel d’urgence. "Les zones escarpées et difficiles à clôturer comme le Valgaudemar devraient bénéficier facilement des conditions d’urgence", rapportait hier un participant à la réunion. Le préfet a promis des délais courts, entre 24 heures et 48 heures maximum, pour signer des arrêtés.
"Cette organisation colle à la réalité du terrain et de la présence du loup", résumait le préfet, Joël Tixier. Les chiffres révélés hier confirment l’urgence : 15 attaques de loups sont en cours d’indemnisation au premier semestre 2005, 11 attaques avaient été indemnisées pour toute l’année 2004.
L’accord, dont chaque mot a été pesé au trébuchet, est jugé "équilibré". La majorité des deux camps s’accorde à dire "qu’il permet aux éleveurs de se défendre, tout en permettant la sauvegarde du loup dans l’arc alpin". Mais l’équilibre est fragile. Les motifs de casus belli sont déjà définis. Côté protecteurs du loup, un membre d’association confie : "Au moindre cadavre de loup découvert, suite à des tirs sauvages ou des empoisonnements, les tirs doivent cesser immédiatement". Côté éleveurs, un syndicaliste prévient : "On attendait le droit de tirer. Si une action suspensive est engagée devant le tribunal administratif et qu’on retombe dans l’impuissance, je serai obligé de protéger mon troupeau". Affichant sa sérénité, le préfet Joël Tixier a remarqué hier "que l’arrêté a une semaine et n’a pas été attaqué. Nous avons été prudent juridiquement et tout le monde a pu s’exprimer". Un protecteur de la nature tempérait : "Hier, il manquait quand même une voix pour obtenir l’unanimité". Cette voix était celle de l’Association de protection des animaux sauvages (ASPAS). Celle-là même qui avait intenté un recours contre un arrêté sur le loup l’an dernier.